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18 ans

février 25th, 2008

Lundi dernier, 18 février, j’ai entamé ma dix huitième année de Police. Je ne compte pas mais je le sais car à mon entrée dans la grande maison correspond la naissance de mon grand. Je n’oublierai jamais ce moment.

Nous sommes un mercredi matin, je suis plongé dans la rédaction d’un timbre amende fictif comptant pour une évaluation. Je ne fais pas attention à cette porte qui s’ouvre, au formateur qui disparaît, à toutes ces têtes qui se lèvent, jusqu’à cette phrase :

« Bonjour papa ! »

Ma tête se lève enfin, mes collègues applaudissent, mon regard se brouille, je suis heureux, je suis papa, depuis la veille et je ne le savais pas.

Nous sommes le 25 avril et j’ai déjà raté un jour de la vie de mon fils, premier loupé, pas le dernier. Je file téléphoner, je pleure de joie, les gens sourient sur mon passage, je vole ou plutôt, « I believe i can fly » jusqu’à ce bureau où l’on me fait asseoir.

Quand je demande à partir, je suis heureux d’être assis sans quoi je serais certainement tombé, au sol abattu ou dans une colère noire, prêt à me battre. On m’explique calmement que je viens d’intégrer un corps où prime la raison de service. J’écoute sans comprendre, je m’en fous, je suis papa. On m’explique encore que je suis maintenant un policier avant tout.

Avant tout, quoi ? Mon fils ? Ma famille ? Je m’interroge en silence, mon visage se durcit en même temps que le ton de mon interlocuteur qui me rappelle que personne n’est venu me chercher, que c’est une chance d’avoir réussi le concours mais qu’il y a des règles. La première s’abat sur moi comme la foudre sur un chêne sous lequel je ne vois pas l’ombre d’une justice. Je vais devoir attendre vendredi soir, repos légal, pour voir mon fils.

A nouveau mon regard se brouille mais de rage. Je me tais, je salue, je sors, on m’attend dehors, je bafouille, tout s’embrouille, on me tape dans le dos, un nouveau sanglot, puis j’explose. Je me casse, je me tire, rien à foutre de vos règles, rien à faire de votre Paix, vous pouvez la garder, j’ai d’autres choses à faire, je suis père.

On me laisse fulminer puis doucement on me ramène à la réalité. J’ai 22 ans, je suis un papa avec un métier qui nourrit sa famille. Dehors, je suis chômeur.

Maintenant je pleurs, résigné.

J’attendrai vendredi pour voir mon petit, trois jours à tenir, à souffrir, à me maudire d’être un fonctionnaire avant d’être un père.

Ce soir là, j’ai bu à en vomir. Pour la première fois de ma vie, je buvais sans plaisir.

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