Le pendu
Lundi, mars 31st, 2008S’il y avait bien une mort que je redoutais, c’était celle par pendaison. Quand l’appel résonna dans l’habitacle de notre véhicule sérigraphié, j’avoue avoir eu le trouillomètre proche de zéro. Cela venait certainement de cette anecdote racontée d’un ton badin par l’un des formateurs de l’école de Police qui, alors qu’il n’était encore qu’un tout jeune fonctionnaire, avait dû intervenir sur un pendu.
L’homme se balançait au bout de sa corde, le t-shirt soulevé par un ventre ballonné. Ce premier indice aurait dû leur mettre la puce à l’oreille mais voilà, personne ne les avait préparés à cela. Le second indice fut des gargouillements émis par le corps quand mon formateur le saisi dans ses bras. Il n’y eu pas d’autres indices avant l’implosion alors que la corde venait d’être sectionnée. Des centaines de morceaux de chair et d’abats éclaboussèrent la pièce exigüe où se trouvaient les deux collègues. Mon formateur passa ses trois mois de dépression à prendre des douches, pourtant il souriait en nous racontant cette histoire. Histoire ressurgissant à ma mémoire tandis que tombait notre mission : découverte d’un homme pendu dans sa chambre de l’hôpital psychiatrique.
C’est soulagé, que je découvrais un individu noir, la peau sur les os, pendant en position fœtale dans le vide. Il avait dû, pour se pendre à une armoire plus petite que lui, se recroqueviller au maximum pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Il avait dû ensuite maintenir cette position, luttant de toutes ses forces pour mourir.
Les risques d’explosion étant limités, je retrouvais peu à peu mon self-control pour prendre en main la situation où plutôt le corps raidi de mon macchabé. C’est toujours une drôle de sensation que de toucher un mort, forme humaine à la raideur cadavérique vidée de toute humanité. On ne devrait pas être obligé de toucher les morts.
Il est là, contre moi, dans son pyjama trop grand, comme on porte une mariée. Quand mon collègue tranche le cordon d’alimentation de sa radio lui ayant servi de corde, il ne me faut qu’une fraction de seconde pour me souvenir d’un détail en entendant ce bruit si spécifique. Juste le temps d’écarter ce corps du mien tout en écartant les jambes, évitant le pire mais pas son odeur car le pendu, s’il n’explose pas à chaque fois, à coup sûr se vide…
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