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Archive for septembre, 2008

Progression

Mardi, septembre 30th, 2008

Il est presque trois heures du mat, quelques minutes avant la fin de service. La nuit a été calme, nous remontons une rue déserte quand une alarme vient déchirer la nuit. La sirène stridente provient du garage souterrain d’un grand magasin du centre ville où dorment de nombreux véhicules en tout genre, un paradis du roulottier sur trois étages enfoui au cœur de la citée.

Quelques minutes plus tard, nous étions en repos mais voilà, les bandits ne respectent rien, même pas les horaires administratifs.

Nous mettons pied à terre, demandons le renfort de notre second véhicule banalisé et sommes bientôt quatre flics en civil qui pénètrent arme au poing dans les sous sols bruyants. Je prends le commandement de notre petite troupe qui se veut très pro. Signes de têtes, gestes entendus, nous progressons en toute sécurité pour passer le parking au peigne fin. L’alarme se coupe, soulageant nos tympans puis redémarre, favorisant la migraine. Nous avançons à pas feutrés, à l’affut, quand nous avons l’impression partagée qu’une porte coupe feu vient de se refermer. Si j’avais interpelé à chaque impression, je serai certainement le flic le plus titré de France mais voilà, l’impression fait partie de notre quotidien, mettant nos sens en alerte, souvent pour rien. Quoi qu’il en soit, l’impression amène la pression et la progression se fait de plus en plus tendue.

Nous passons chaque porte avec d’infinies précautions (et un claquement involontaire qui vaut à son malheureux auteur un regard meurtrier), l’oreille tendue à chaque interruption sporadique de l’alarme. Nous arrivons bredouilles au dernier sous sol, contactons les chauffeurs qui surveillent les accès, puis reprenons notre progression empruntant les escaliers. Là encore, les automatismes se mettent en place, nous montons en toute sécurité, nous couvrant mutuellement jusqu’à cette autre porte coupe feu et cette nouvelle impression qui se transforme rapidement en certitude. Il y a quelqu’un derrière cette porte, nous en sommes maintenant persuadés.

Un collègue est chargé de l’ouverture de la porte tandis que nous bondiront tels des fauves pour fondre sur une proie qui ne peut plus nous échapper. Nous ajustons nos brassards fluorescents, je lève le poing en silence pour entamer un compte à rebours de mes doigts impatients.

Quatre,

Trois,

Deux,

Un.

Nous bondissons comme un seul homme, bras tendus, armes braquées et le regard mauvais.

La bimbo éméchées est aphasique tandis que la choucroute capillaire qui orne son crane s’affaisse tel un soufflet trop longtemps sorti de son four. Nous sommes en pleine rue piétonne et nous braquons une cliente de la discothèque voisine qui regagnait son véhicule d’un pas mal assuré. Nous la sentons à deux doigts de pleurer et tentons d’être rassurant par des gestes maladroits et des excuses bateaux.

Nous disparaissons aussi vite que nous étions arrivés, refermons la porte coupe feu sur un éclat de rires collectif. Nous écroulons au sol, nous tenant le ventre pour tenter de contrôler les spasmes qui agitent notre corps. Nous repensons au ridicule de la situation et le fou rire reprend à chaque nouvelle apparition sur nos pupilles humides de l’expression incrédule de notre blonde quand elle a vu surgir de nulle part, quatre hommes armés la braquant en pleine rue.

J’en rigole encore.

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Un jour mon prince viendra

Mardi, septembre 23rd, 2008

Il est de ces nuits ou rien ne se passe jusqu’au moment où un morceau de lune déboule sur l’asphalte sombre. Ce météorite blanc nacré n’est autre qu’une Lamborghini Murcielago suivie de très près par deux véhicules d’un noir menaçant. Cela flaire le car jacking, j’accélère pour me porter au secours de l’astre véloce quand je reconnais la silhouette des monstres sombres qui la talonnent. Il s’agit de deux Bentley, puis d’une Aston Martin, puis d’une Audi R8 et encore d’autres berlines Mercédès et BMW qui se suivent dans un cortège étourdissant pour s’arrêter dans une rue de notre agglomération non habituée à de telles merveilles automobiles.

Intrigué, je me porte à hauteur de la voiture de tête, une longue Mercedes gris clair d’où sort un homme au veston impeccable et à l’accent léger. Ce dernier se dirige vers nous, apparemment soulagé de cette rencontre impromptue. Il nous explique qu’un Prince d’Arabie Saoudite, qui se trouve au volant de l’étoile filante, a envie de manger un hamburger. Or, ils ont appris qu’un driving était ouvert toute la nuit mais ne le trouvent pas.

Je lui réponds sans vraiment réfléchir : « suivez nous ! » et me retrouve voiture de tête d’une file roulante de plusieurs milliers d’euros en direction du restaurant d’un clown bariolé aux cheveux rouges. Sur place, notre arrivée ne passe pas inaperçue et déjà des véhicules de collègues se rapprochent pour admirer le spectacle.

Très vite, nous réalisons que certains des bolides à notre suite ne pourront pas emprunter le parcours du driving non prévu pour accueillir des mastodontes mécaniques. Je demande alors au responsable du fastfood d’ouvrir à titre exceptionnel ses portes. Ce dernier accepte à condition de notre présence constante. J’averti mon centre de commandement de cette mission peu coutumière et j’obtiens l’autorisation de rester en surveillance des lieux.

Le prince mange, nous discutons avec ses gardes du corps français, les collègues prennent quelques photos avec leurs portables. Puis, le Prince sort, vient vers moi et m’invite à tester l’assise de la Lamborghini. Je me fais prier par principe puis me glisse dans le corps du monstre mécanique au décor spartiate. Le siège est dur, le compteur étourdissant et je pose le temps d’une photo souvenir.

Je m’extirpe difficilement du bolide (il ne fait pas bon vieillir) et remercie le prince d’un sourire partagé. Je laisse ma place aux collègues impatients de la prendre.

Pendant ce temps, l’assistante du Prince me rejoint et nous entamons une conversation en franglais. Elle me demande si je peux poser des congés pour accompagner le prince durant les 15 jours de son escapade parisienne. L’appât du gain est alléchant mais je décline, de toute façon je rentre de congés, on ne m’accordera pas 15 jours de plus et mes filles me manqueraient trop.

Le prince semble déçu, il veut à tout prix nous remercier pécuniairement, ce que nous déclinons poliment mais fermement. Devant tant de refus auxquels il ne doit pas être habitué, il tente une dernière tentative en nous offrant un plein sac de Hamburger que nous acceptons pour ne pas l’offenser.

Nous reprenons la tête du cortège direction le Hilton que nous atteignons sans encombre. Un dernier signe de la main puis nous retournons à notre quotidien le sourire aux lèvres et l’odeur du mac do oppressante, surtout à 3 heures du mat’.

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Pour info :

Mardi, septembre 9th, 2008

Tous ceux qui écrivent le savent, les autres aussi d’ailleurs, il est toujours difficile de trouver un titre à ses écrits. Je parle de titre même si dans le métier qui est le mien, on parle plus communément d’objet, chaque texte à son objet qui le situe dans la jungle des paperasses administratives. Sans objet, c’est l’égarement, la note qui passe inaperçu, qui se perd et disparait dans les méandres des affaires classées, trop vite peut être. Est cela que recherchait l’auteur de cette note d’information issue de la synthèse d’un week-end chargé, en l’intitulant : pour info ? Qu’elle se perde à tout jamais ?

Le fait est que nous sommes nombreux à éplucher ces résumés d’infractions même ceux intitulés pour info et que parfois, entre vomir et rire, on se demande si l’on fait bien de les lire…

Pour Info :

A 17H50 sommes avisés par le CIC de la découverte du corps de L. T. au 258 rue des E. à L. Le défunt est entièrement nu, les mains attachées, une cagoule sur la tête et présence d’un godemichet dans l’anus. La permanence se transporte sur place, parquet avisé, Mme B., procureur de la République se déplace sur les lieux. IJ avisé, médecin légiste se rend sur place, ainsi que le groupe crime de la SD.

Pas toujours évident de trouver un titre ou un objet !

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