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Et les gants

février 21st, 2008

L’une de mes premières missions, en tant que gardien de la Paix stagiaire, a été d’assurer les « point école ». Je rêvais de courses poursuites, à pied, en voiture, en fourgon même et voilà que je me retrouvais chaque jour, à heure fixe, au milieu d’une rue, bras tendus, mains gantées de blancs à faire traverser les enfants.

Mes premières fois furent laborieuses, sans cesse je regardais ma montre pressé d’en finir. Puis, avec le temps, j’ai abandonné mon cadran pour prendre conscience que de grands yeux admiratifs me dévoraient chaque jour.

Il y avait les vaillants qui bombaient le torse à chacun de mes regards comme si j’étais un recruteur à la recherche des futurs talents de la Police Nationale.

Il y avait les timides qui rougissaient en baissant les yeux une fois mon regard posé sur eux puis retrouvaient leur bravoure quand j’esquissais un sourire.

Il y avait le rire des filles qui me lançaient des œillades déconcertantes auxquelles je répondais d’un clin d’œil alimentant leur imaginaire.

Il y avait le sourire des mamans…

Ces « point école » sont devenus rapidement mes moments de douceur dans un monde de brutes qui me crachait au visage chaque jour. En revêtant mes gants blancs, je restreignais mon univers à quelques rectangles blancs sur l’asphalte noir, nuages surplombant un ciel d’orage sur lesquels sautillaient gaiement des anges ayant troqué leurs ailes pour un cartable dans le dos tandis qu’un épouvantail bienveillant les protégeait.

A l’annonce de ma mutation en brigade de nuit, j’ai pris conscience à quel point ces périodes de trêve au service des enfants m’étaient nécessaire. J’allais devoir les quitter et je ne savais pas comment leur dire au revoir.

Quand je les ai vus dans la vitrine, j’ai su.

Mes finances étaient au plus mal, à cette époque carte bleue et chéquier ne faisaient plus partie de ma vie, mais je n’ai pas hésité. Ils en valaient la peine.

Quand je me suis mis en place ce jour là, à 8 heures 20, tout n’était que grisaille. Puis il y a eu ce premier sourire et tout ceux qui ont suivis, multitude de rayons de soleil illuminant un matin pas comme les autres. Je restais stoïque, jouant le jeu de celui qui ne se doute de rien, contenant l’émotion qui m’envahissait à chaque éclair de dents de lait.

A 8 heures 35, je quittais mon « point école » à tout jamais.

J’espère seulement qu’aujourd’hui, ces enfants devenus grands parlent encore du jour où un policier, un vrai en uniforme, les a fait traverser en agitant des gants de Mickey…

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9 Comments

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  • 1. Franck  |  février 21st, 2008 at 9:42

    Respects !

  • 2. fdm  |  février 21st, 2008 at 10:28

    Franck > merci

  • 3. guignol  |  février 21st, 2008 at 12:33

    DOUBLE RESPECT

  • 4. fdm  |  février 21st, 2008 at 16:00

    Guignol > double merci alors.

  • 5. Christianne  |  février 22nd, 2008 at 18:48

    Je ne regarderais plus de la même façon votre collègue qui fait traverser mes élèves ;-)

  • 6. Christianne  |  février 22nd, 2008 at 18:49

    regarderai ;-(

  • 7. fdm  |  février 22nd, 2008 at 19:44

    Christianne > alors, j’ai réussi quelque chose

  • 8. anouschka  |  mars 20th, 2008 at 1:41

    (Je reviens à cette histoire après avoir lu “pas de respect pour les morts”. Comme ça, réflexe humain, sauvegarde…)

    Vous savez raconter les histoires, c’est précieux.

  • 9. fdm  |  mars 20th, 2008 at 8:22

    Anouschka > il m’a fallu un certain temps pour oser le faire


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