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Foutue camisole

mars 24th, 2008

Restons dans le registre des anciennes missions de Police Secours en parlant du transport des personnes ne jouissant pas de toutes leurs facultés mentales.

Comme bien souvent nous ne sommes que deux dans la PS quand tombe l’appel : rendez d’urgence au foyer untel pour un individu menaçant. Gyro 2 tons, nous arrivons en trombe sur les lieux, soulagés de voir que les pompiers sont sur place. En cas de problème autant que nos amis sapeurs soient là.

Nous descendons du véhicule et entrons dans un salon d’accueil assez vaste. Dans un coin se trouve un homme armé d’un opinel qui tient en respect tous les autres. Le chef des sapeurs en nous voyant déclare soulagé « maintenant que vous êtes là, on peut y aller ! ». Sur ces mots, il embarque ces hommes nous laissant le bébé sur les bras.

Drôle de bébé d’un mètre quatre vingt environ, la bave aux lèvres, le regard fou et le couteau menaçant.

Le responsable du foyer nous déclare que l’individu à des antécédents psychiatriques sérieux mais qu’il n’est pas méchant, enfin habituellement. Commence alors la phase de négociation, conciliabule nécessaire ayant plusieurs intérêts : faire tomber la pression, jauger la personnalité de notre homme et attirer son attention tandis que mon coéquipier le contourne comme si de rien était. Il faut dans ce cas de figure faire preuve de diplomatie, bienveillance et autres subterfuges pour désamorcer les situations tendues. La plupart du temps, cette méthode permet de ramener l’auteur des faits à la raison, malheureusement, notre interlocuteur semble l’avoir perdu à tout jamais.

Son discours étant de plus en plus incohérent, j’indique discrètement à mon collègue que nous allons passer à l’action. Au vu du QI de notre adversaire, j’opte pour une méthode enfantine mais efficace : « attention derrière toi ! ». L’homme se retourne, voit mon collègue qui lui inflige un sérieux coup de trique sur le poignet, le faisant lâcher son opinel dans un râle inquiétant. Je profite de la confusion générale pour le ceinturer. Aidé de mon coéquipier nous le conduisons au fourgon pour le jeter à l’arrière. L’individu hurle, crache, essaie de nous frapper, la routine habituelle.

Chaque car PS était équipé d’une camisole de force que mon collègue saisit, déplie avant de me regarder embêté. Comme moi, il n’a pas reçu la formation : fonctionnement de la camisole. Après quelques secondes de réflexion et devant mon insistance qui se résume à des petits cris de douleur à chaque fois que mon fou m’écrase contre l’une des parois du camion, il se décide enfin pour un enfilage de face.

Une camisole de force est une sorte de chemise ouverte sur l’arrière ayant des manches très longues. Le but étant d’enfiler les bras de l’excité, de fixer les sangles arrières pour fermer la camisole sur son dos puis d’utiliser la longueur des manches pour les enrouler autour de son corps bloquant ainsi les bras au buste.

Commence alors un véritable combat de catch, nous roulons sur le sol du camion, l’homme se débat comme un diable, il ne cherche plus à nous frapper trop occuper à retirer ses bras des manches, mais nous ne lâchons pas et à force de persévérance, réussissons à fermer la camisole dans son dos. Se sentant prisonnier notre aliéné devient hystérique et hurle comme cochon qu’on saigne.

Dehors les badauds intrigués se massent devant ce fourgon transformé en ring remuant et hurlant.

Enfin nous saisissons les manches que nous enroulons autour de son corps que nous plaquons contre la porte du car. Tant bien que mal nous fixons ces boutons de manchettes d’un genre particulier.

Nous sommes débraillés et poussiéreux, rouges d’un effort intense. Il est face à nous, emmailloté et écarlate avec une main sortant de la camisole au niveau de ces parties génitales. Nous comprenons en la voyant que notre ficelage n’a pas été optimum. Remarquant que nous fixons son entrejambe avec insistance, notre fou retrouve son calme pour découvrir cette main rebelle qui a échappé au saucissonnage. Il nous regarde avec malice et exécute un majestueux doigt d’honneur qui déclenche un fou rire général.

Le reste de notre intervention se déroule sans incident.

Quand nous nous quittons, notre énergumène entouré de deux molosses en blouse blanche, nous adresse un coucou de cette main dont il est si fier d’avoir préservé la liberté. Son sourire édenté est celui de l’enfant qu’il restera à tout jamais.

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2 Comments

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  • 1. francis  |  mars 25th, 2008 at 6:15

    A une époque , j’étais un des 2 molosses qui reçevaient ton gars, à l’IPPP…
    Bien raconté, comme toujours !

  • 2. fdm  |  mars 27th, 2008 at 19:22

    francis > tu dois avoir de drôles de souvenirs toi aussi…


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