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Le pendu

S’il y avait bien une mort que je redoutais, c’était celle par pendaison. Quand l’appel résonna dans l’habitacle de notre véhicule sérigraphié, j’avoue avoir eu le trouillomètre proche de zéro. Cela venait certainement de cette anecdote racontée d’un ton badin par l’un des formateurs de l’école de Police qui, alors qu’il n’était encore qu’un tout jeune fonctionnaire, avait dû intervenir sur un pendu.

L’homme se balançait au bout de sa corde, le t-shirt soulevé par un ventre ballonné. Ce premier indice aurait dû leur mettre la puce à l’oreille mais voilà, personne ne les avait préparés à cela. Le second indice fut des gargouillements émis par le corps quand mon formateur le saisi dans ses bras. Il n’y eu pas d’autres indices avant l’implosion alors que la corde venait d’être sectionnée. Des centaines de morceaux de chair et d’abats éclaboussèrent la pièce exigüe où se trouvaient les deux collègues. Mon formateur passa ses trois mois de dépression à prendre des douches, pourtant il souriait en nous racontant cette histoire. Histoire ressurgissant à ma mémoire tandis que tombait notre mission : découverte d’un homme pendu dans sa chambre de l’hôpital psychiatrique.

C’est soulagé, que je découvrais un individu noir, la peau sur les os, pendant en position fœtale dans le vide. Il avait dû, pour se pendre à une armoire plus petite que lui, se recroqueviller au maximum pour que ses pieds ne touchent pas le sol. Il avait dû ensuite maintenir cette position, luttant de toutes ses forces pour mourir.

Les risques d’explosion étant limités, je retrouvais peu à peu mon self-control pour prendre en main la situation où plutôt le corps raidi de mon macchabé. C’est toujours une drôle de sensation que de toucher un mort, forme humaine à la raideur cadavérique vidée de toute humanité. On ne devrait pas être obligé de toucher les morts.

Il est là, contre moi, dans son pyjama trop grand, comme on porte une mariée. Quand mon collègue tranche le cordon d’alimentation de sa radio lui ayant servi de corde, il ne me faut qu’une fraction de seconde pour me souvenir d’un détail en entendant ce bruit si spécifique. Juste le temps d’écarter ce corps du mien tout en écartant les jambes, évitant le pire mais pas son odeur car le pendu, s’il n’explose pas à chaque fois, à coup sûr se vide…

2 comments | mars 31st, 2008

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Foutue camisole

Restons dans le registre des anciennes missions de Police Secours en parlant du transport des personnes ne jouissant pas de toutes leurs facultés mentales.

Comme bien souvent nous ne sommes que deux dans la PS quand tombe l’appel : rendez d’urgence au foyer untel pour un individu menaçant. Gyro 2 tons, nous arrivons en trombe sur les lieux, soulagés de voir que les pompiers sont sur place. En cas de problème autant que nos amis sapeurs soient là.

Nous descendons du véhicule et entrons dans un salon d’accueil assez vaste. Dans un coin se trouve un homme armé d’un opinel qui tient en respect tous les autres. Le chef des sapeurs en nous voyant déclare soulagé « maintenant que vous êtes là, on peut y aller ! ». Sur ces mots, il embarque ces hommes nous laissant le bébé sur les bras.

Drôle de bébé d’un mètre quatre vingt environ, la bave aux lèvres, le regard fou et le couteau menaçant.

Le responsable du foyer nous déclare que l’individu à des antécédents psychiatriques sérieux mais qu’il n’est pas méchant, enfin habituellement. Commence alors la phase de négociation, conciliabule nécessaire ayant plusieurs intérêts : faire tomber la pression, jauger la personnalité de notre homme et attirer son attention tandis que mon coéquipier le contourne comme si de rien était. Il faut dans ce cas de figure faire preuve de diplomatie, bienveillance et autres subterfuges pour désamorcer les situations tendues. La plupart du temps, cette méthode permet de ramener l’auteur des faits à la raison, malheureusement, notre interlocuteur semble l’avoir perdu à tout jamais.

Son discours étant de plus en plus incohérent, j’indique discrètement à mon collègue que nous allons passer à l’action. Au vu du QI de notre adversaire, j’opte pour une méthode enfantine mais efficace : « attention derrière toi ! ». L’homme se retourne, voit mon collègue qui lui inflige un sérieux coup de trique sur le poignet, le faisant lâcher son opinel dans un râle inquiétant. Je profite de la confusion générale pour le ceinturer. Aidé de mon coéquipier nous le conduisons au fourgon pour le jeter à l’arrière. L’individu hurle, crache, essaie de nous frapper, la routine habituelle.

Chaque car PS était équipé d’une camisole de force que mon collègue saisit, déplie avant de me regarder embêté. Comme moi, il n’a pas reçu la formation : fonctionnement de la camisole. Après quelques secondes de réflexion et devant mon insistance qui se résume à des petits cris de douleur à chaque fois que mon fou m’écrase contre l’une des parois du camion, il se décide enfin pour un enfilage de face.

Une camisole de force est une sorte de chemise ouverte sur l’arrière ayant des manches très longues. Le but étant d’enfiler les bras de l’excité, de fixer les sangles arrières pour fermer la camisole sur son dos puis d’utiliser la longueur des manches pour les enrouler autour de son corps bloquant ainsi les bras au buste.

Commence alors un véritable combat de catch, nous roulons sur le sol du camion, l’homme se débat comme un diable, il ne cherche plus à nous frapper trop occuper à retirer ses bras des manches, mais nous ne lâchons pas et à force de persévérance, réussissons à fermer la camisole dans son dos. Se sentant prisonnier notre aliéné devient hystérique et hurle comme cochon qu’on saigne.

Dehors les badauds intrigués se massent devant ce fourgon transformé en ring remuant et hurlant.

Enfin nous saisissons les manches que nous enroulons autour de son corps que nous plaquons contre la porte du car. Tant bien que mal nous fixons ces boutons de manchettes d’un genre particulier.

Nous sommes débraillés et poussiéreux, rouges d’un effort intense. Il est face à nous, emmailloté et écarlate avec une main sortant de la camisole au niveau de ces parties génitales. Nous comprenons en la voyant que notre ficelage n’a pas été optimum. Remarquant que nous fixons son entrejambe avec insistance, notre fou retrouve son calme pour découvrir cette main rebelle qui a échappé au saucissonnage. Il nous regarde avec malice et exécute un majestueux doigt d’honneur qui déclenche un fou rire général.

Le reste de notre intervention se déroule sans incident.

Quand nous nous quittons, notre énergumène entouré de deux molosses en blouse blanche, nous adresse un coucou de cette main dont il est si fier d’avoir préservé la liberté. Son sourire édenté est celui de l’enfant qu’il restera à tout jamais.

2 comments | mars 24th, 2008

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Pas de respect pour les morts

Avant, Police Secours voulait aussi dire Police « à tout faire », tout et n’importe quoi, surtout la nuit. L’une des missions les plus redoutées était le transport des macchabés vers l’Institut Médico Légal, grand dépôt à cadavres décédés de mort suspecte ou inconnu.

L’appel résonne dans la radio de bord de notre car PS. On nous requiert sur la commune pour un transport IML. Nous sommes deux dépités mais résignés car c’est notre job même si pour le coup j’en doute.

Nous arrivons en plein recueil d’une famille autour d’un corps énorme. Nous nous regardons affolés, à nous deux nous devons à peine dépasser les 120 kilos tandis que le défunt dépasse allègrement le quintal. Après les procédures d’usage, nous allons chercher notre brancard qui parait bien ridicule en comparaison de la masse qu’il doit accueillir. Mon collègue me lance le regard de celui qui sait que l’on ne va pas y arriver, je lui réponds du regard de celui qui le sait déjà.

Dieu merci (n’ayant pas aidé le mort, il pouvait bien aider ceux qui allait le transporter), deux des fils, ayant hérités de leur père sa carrure, se portent instantanément à notre secours pour faire passer leur cher disparu de son lit au minuscule brancard fait de cuir et de bois. Ils nous accompagnent dans les escaliers puis jusqu’à notre véhicule. Même à quatre, nous devons redoubler d’effort pour ne pas perdre notre poids mort qui vacille, parfois oscille tandis que nous luttons pour ne pas lâcher.

C’est avec soulagement tant moral que physique que nous déposons enfin notre fardeau à l’arrière de notre véhicule dont les amortisseurs se sont affaissés de plusieurs centimètres. Les deux fils nous lance un regard voulant dire, mais comment aller vous faire ? Nous leur répondons de notre air, pas de soucis, on nous aidera. En fait on n’est sur de rien, une constante dans notre métier : toujours faire croire aux autres que tout est sous contrôle. S’ils savaient parfois…

Nous arrivons devant l’IML pour sonner à l’interphone avec la ferme intention de demander de l’aide. Le portail électrique s’ouvre sans que notre interlocuteur par interphone interposé ne daigne nous accordé la moindre requête, ni le moindre mot. Il va falloir nous débrouiller, comme toujours.

Chacun à une extrémité du brancard nous nous préparons à la façon des haltérophiles. Après une dernière inspiration et un signe de tête marquant le top départ, nous poussons conjointement un cri d’effort qui n’a pour effet que de faire du bruit. Nous savons que nous n’y arriverons pas à moins de passer au plan B. Ce fameux plan inavouable qui a germé simultanément dans nos deux esprits et dont nous nous persuadons qu’il est inéluctable.

Sans un mot, je passe du même coté que mon collègue qui me cède naturellement l’un des cotés du brancard. Nous tirons conjointement, lentement mais surement, redoutant le moment où tout le poids du corps ne reposera plus sur le plancher du car PS. La douleur est fulgurante, c’est comme si l’on m’écartelait, je tétanise et sans parfait accord avec mon acolyte, nous lâchons prise tandis que le corps continu de descendre seul.

Je n’ai pas les mots pour décrire le bruit de ce crane qui tape le marche pied arrière avant de s’écraser lourdement au sol dans un fracas de petits os brisés. C’est certainement la seule fois qu’un bruit m’a donné une telle envie de vomir, envie partagée par mon collègue qui se retient tant bien que mal.

La civière est restée en travers reliant encore le corps au car. Nous la retirons avec précaution même si ce n’est plus la peine.

Nous appuyons sur un autre interphone d’où jaillit un “quoi ?” disgracieux.

“On aurait besoin d’aide pour rentrer le corps”

“Pas le temps, laissez le où il est et posez les papelards dans la corbeille, je me débrouillerai”

Cela m’étonnerais qu’il se soit débrouillé mais nous n’avons pas demandé notre reste et nous avons fuit le poids de notre remord.

Aujourd’hui, je voudrais m’excuser auprès de cette famille qui n’a jamais rien su mais surtout auprès de cet homme qui n’a rien senti (enfin, je l’espère) parce qu’il était mort.

Nous n’avions pas le choix, j’en suis désolé

Quand on nous a demandé en rentrant au service pourquoi on faisait cette tête là, on leur a lancé notre air « pas de soucis, on a géré ».

Encore pardon où que vous soyez.

Add comment | mars 20th, 2008

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La petite bête qui monte…

Ce n’est jamais très bon quand les pompiers demandent notre présence sur place.

Nous arrivons en grimaçant et je prends contact avec le responsable qui m’indique qu’ils sont intervenus pour un nourrisson ayant des insuffisances respiratoires. Ce dernier, nous a requis pour constater l’état de l’appartement. Je sais maintenant à quoi m’en tenir et j’inspire profondément avant de plonger dans la pénombre de l’appartement.

Seuls quelques faibles rayons de soleil arrivent à se faufiler au travers de volets fermés depuis plus de deux ans. Des pompiers s’affèrent autour d’un petit corps dont la rougeur du visage semble inquiétante. Ils nous demandent d’ouvrir une fenêtre pour que l’air pénètre enfin dans ce modeste F2. La mère est assise le regard absent dans un fauteuil usé par le temps. Autour d’elle, trois enfants maigres et sales. Le père n’est pas là, il n’est pas là souvent d’ailleurs, un passage tous les 9 mois environ.

Tandis que je note les identités des personnes résidents dans le logement, je sens que l’on tire sur mon pantalon comme on tire la bobinette. Je baisse le regard pour découvrir un petit garçon que je n’avais pas vu. Il doit avoir 3 ans tout au plus, ses yeux bleus pâle sans lueur me fixent tandis qu’il reste accroché à mon uniforme. Je suis tenté de le prendre dans les bras comme je le fais avec mon fils quand de sa manche sort une blatte. Immonde rampant qu’il ne semble ni voir ni sentir tandis que tout mon corps n’est que démangeaison. Je résiste contre cette irrésistible envie de me gratter et me contente de lui ébouriffer les cheveux en signe d’affection.

C’est apparemment le signal qu’il attendait. Comme un jeune chien, il s’agrippe à ma jambe qu’il serre comme l’ours en peluche qu’il n’a jamais eu. Tout le monde me regarde, j’aimerais disparaître, j’aimerais que cette bête sur son bras disparaisse, j’aimerais que toutes les bêtes qui grouillent dans l’appartement disparaissent. Laissaient-ils les volets fermés pour ne pas les voir ?

Je m’incline doucement, d’une pichenette je déloge la bête et je prends l’enfant dans mes bras. Son petit cœur bat contre mon corps et résonne dans mes tempes. Je décide de l’emmener dehors pour prendre l’air. Je sors de l’appartement en tentant d’oublier les rampants que j’écrase sous mes pas.

A la lumière jour, son regard prend une couleur magnifique, beauté misérable d’un enfant vêtu d’un pyjama sans forme, ni couleur. Je fouille mes poches mais je n’ai rien à lui offrir, ni bonbon, ni sucette, ni quoique ce soit que l’on donne à un enfant. Mais lui s’en fout, en le prenant dans les bras, je lui ai donné ce qu’il avait toujours attendu. Prenant conscience de cela, je le sers contre moi pour ne pas qu’il voit mes yeux s’embrumer. Pour rien au monde, je ne veux gâcher cet instant, tellement anodin pour moi, tellement important pour lui.

Un pompier prend le petit bonhomme et m’assure qu’il va bien s’en occuper. L’enfant ne dit rien quand on me l’enlève des bras, il me regarde et sourit, sa façon à lui de me dire merci.

En écrivant ces lignes les démangeaisons me gagnent à nouveau ainsi que les larmes.

6 comments | mars 17th, 2008

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Volontaire îlotage

Lors de mon intégration dans la Grande Maison, il n’existait pas encore de police de proximité ou de quartier. L’îlotage, tel était son nom, était assuré par la brigade de roulement et fonctionnait au volontariat. C’était généralement les plus anciens qui s’y collaient pouvant par la même entretenir de bonnes relations avec les commerçants locaux et en tirer divers avantages ou autres compensations liquides, l’îlotage donne soif, c’est bien connu.

Parfois, il arrivait que tous les anciens soient en congés légaux ou en congés merveilleux appelés aussi congés maladie. C’est ce qui arriva lors de ma première affectation.

Notre chef de brigade nous indiqua à l’appel qu’il lui faudrait pour lundi, deux volontaires pour assurer la mission d’îlotage avec un regard insistant vers les deux stagiaires fraîchement arrivés. Bien sûr, rêvant d’exploit, de menottage et de course poursuite, nous avons baissé tous deux la tête espérant que l’on nous confierait une tache plus gratifiante que celle de l’îlotage.

Nous étions un vendredi, c’était notre premier jour en tant que gardien de la Paix et nous avions hâte de la faire régner. Notre première journée fut une visite guidée du commissariat.

Samedi, fraîchement rasés, nous nous pointons avec une bonne demi-heure d’avance, prêts à être des flics de rue. Nous passons la journée à découvrir le fonctionnement interne de la brigade à l’intérieur des murs.

Dimanche matin, motivation à 100% due à une soirée entre stagiaires à nous remonter le moral au whisky coca. Nous sommes persuadés que notre heure est arrivée quand on nous appelle dans la cuisine. On nous explique avec le plus grand sérieux que le dimanche matin, c’est sacré. C’est surtout petit salé ! Des collègues affublés de tabliers s’affèrent tandis que l’on nous dicte la liste des courses. Cela voudrait-il dire que nous allons sortir ?

Imaginez notre sourire radieux quand on nous confie les clés des véhicules, lui Bravo, moi Alpha. Nos imaginaires moulinent à plein régime. Les voleurs de la circonscription n’ont qu’à bien se tenir, les jeunes loups sont dans la bergerie.

Enfin nous sortons, fiers au volant de nos pies (les véhicules de Police étaient encore pour quelques mois noirs et blancs, d’où leur surnom). Première à droite, encore à droite, tout droit sur l’avenue principale puis arrêt devant la supérette. Alpha et Bravo se font face devant l’épicerie, nous ne quittons pas notre volant de peur de le perdre. Nous sommes à l’écoute et à l’affut mais les courses durent et durent encore. Quand ils sortent enfin les bras chargés de victuailles, ils nous demandent de faire retour au service.

Les cuisiniers s’affèrent toujours, la table se dresse et nous bouillons autant que la marmite mais d’impatience. Nos chefs de bord respectifs annoncent notre sortie. Yes !

Première à droite, encore à droite, tout droit sur l’avenue principale, nous dépassons la supérette avec un certain soulagement, à gauche, droite, gauche et nouvel arrêt. Les collègues descendent, c’est l’heure de l’apéro ! Nous restons au volant, à l’écoute et de moins en moins à l’affut. L’apéro dure, perdure tandis que deux stagiaires au volant de deux pies se font face dépités. Nous n’osons même pas sortir de nos véhicules pour discuter, il faut dire que nous avons un peu honte. Au lieu de se dissimuler, les collègues sont en vitrine du café PMU, verre à la main dont le contenu, de plus en plus jaune contraste avec leur teint, de plus en plus rosé. Quand enfin ils sortent, la bonne humeur est de mise, les blagues graveleuses et l’haleine chargée. Direction le service, c’est l’heure du petit salé !

A notre arrivée, les cuisiniers sont goguenards, ils semblent qu’ici aussi l’apéro était de mise. Nous déclinons poliment les verres que l’on nous tend, arguant de notre position de chauffeurs. les railleries vont bon train, nous préférons nous retirer sur l’accueil, de toute façon, il faut bien que quelqu’un garde la boutique.

La relève arrive, nous partons sans dire au revoir. Peu importe, ils nous ont oubliés.

Lundi matin, à l’appel, deux mains volontaires se lèvent pour l’îlotage, notre Chef est content, nous aussi, nous allons enfin être des policiers, enfin peut être…

7 comments | mars 13th, 2008

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Dans les yeux d’un autre

C’est dans les yeux d’un autre que j’ai vu ce que mon cœur ressent quand on bat un enfant.

J’ai ouvert la porte sur son sourire las, artifice désuet pour masquer la tristesse de son regard.

On s’est assis comme le font deux amis puis son sourire s’est effacé, chassé par les images puis par les mots d’un récit qui depuis trois jours le hante. Ses yeux sont lourds d’un reproche qui n’est pas le sien mais dont il a décidé d’endosser la peine, peine qu’il ne peut cacher bien qu’il retienne ses larmes.

Tout avait pourtant bien commencé en cette matinée ensoleillée. Ballade en roller dans un parc, moment de détente au grand air.

Puis il a eu ce premier coup, qu’il l’a pris au dépourvu bien qu’il ne l’ait pas reçu. Stopper dans son élan par cette gifle d’un père tellement grand.

Suivi de ce coup de ce pied violent, comme on frappe dans un ballon, alors qu’il ne s’agit que d’une poupée de chiffon. Ses tripes se sont alors nouées quand il l’a regardé, elle qui n’a que huit ans, elle qui est belle comme ses propres enfants, elle qui se relève fièrement pour lui lâcher froidement : « tu n’es qu’un pauvre imbécile !» alors qu’on lui aurait accordé toutes les grossièretés.

Son regard se fait dur pour affronter l’image qui va terrasser la petite effrontée. Je me tais car il y a plus à entendre qu’à dire bien que je partage sa colère.

Les mots surgissent à nouveau, ils sont posés, la voix est calme pourtant on sent toute la violence du dernier coup qui s’abat sur ce petit cou qui doit être si doux. L’enfant s’écroule une nouvelle fois au sol, s’écroulant en larmes qui marquent la victoire de son bourreau. Lui est proche du KO, tiraillé entre ire et vomir, il aimerait le punir, il doit agir mais surtout s’assagir pour éviter le pire. Il s’approche sans animosité pour lui parler, d’homme à homme, de père a père mais l’autre baisse les yeux tandis que la mère, lui demande de se mêler de ses affaires. Il y a des bestialités qu’on ne veut pas partager.

La voiture s’éloigne et il reste là.

Le cauchemar est terminé pourtant, il ne peut oublier, il ne peut accepter.

Je ne sais que dire, j’espère juste que comme moi, la petite oubliera. Car je sais qu’on oublie les coups avec le temps, je le sais et pourtant…

4 comments | mars 10th, 2008

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