doingword.com

Violence gratuite

juillet 3rd, 2008

Il est six heures du matin, vous conversez à la presque fraîcheur de ce matin moite d’un début juillet caniculaire tout en attendant un taxi le long de l’avenue Sébastopol à Paris. La soirée a été délicieuse, le jeune homme et la jeune femme qui vous accompagnent sont charmants, qu’il est loin le flic qui squatte ma vie depuis 17 ans, je suis un homme, simple quidam qui passe un agréable moment avant de rentrer chez lui. Rien ne semble pouvoir entacher ce moment convivial, pas même le groupe de 5 individus qui nous accoste plutôt joyeusement et avec qui nous échangeons gaiement. Il est vrai que l’un des cinq nouveaux venus est un peu plus éméché que les autres et un peu plus pressant aussi, mais le flic refait pour un instant surface afin de le remettre gentiment à sa place, hors de notre espace vital. Ne connaissant pas son prénom je le nomme de celui de son t-shirt : CERRUTI  18. A cette évocation, le jeune homme réagit mal, pensant que je me moque en lui donnant 18 ans (j’apprendrais plus tard qu’il en a 22), je lui explique tranquillement qu’il se trompe sans le provoquer car il est clair que le 18 de son vêtement correspond certainement plus au taux de 1,8 g alcool qu’il a dans le sang plus qu’à son âge. C’est la dernière pensée qui me viendra à l’esprit avant de prendre violement sa paume dans l’œil gauche.

Je n’ai rien vu venir preuve que le flic n’était pas totalement revenu, j’ai juste senti cet impact douloureux, mon œil se voiler et sa phrase stupide : « Et là, tu dis plus que j’ai 18 ans ».

Je dois l’avouer, il y a peu de temps de cela, j’aurais certainement commencé par lui déboiter la rotule pour ensuite l’aplatir au sol avant d’appeler  le 17 (plus un ou deux coups au passage, parce que c’est le prix à payer). Cet acte m’aurait certainement délivré de la colère montant en moi mais il aurait également entrainé l’arrivée des pompiers, une audition pénible, un risque de dépôt de plainte de mon agresseur, de longues heures perdues dans les couloirs administratifs, un train raté, un billet à racheter et mes enfants qui attendent.

Je crois que j’ai compris hier, ce qu’est le recul, ce qu’est de ne plus toujours penser comme un flic, ce qu’est d’être une victime, simple victime d’un acte gratuit et dégradant.

Après avoir reculé, je ne suis pas encore au stade de tendre l’autre joue, j’ai demandé à mes amis de me suivre pour traverser la rue et nous tenir à distance du groupe qui quittait les lieux tranquillement, en toute impunité. J’ai alors porté mon coup, celui de la raison gardée et des règles établies. J’ai pianoté ces deux chiffres sur mon clavier, j’ai annoncé ma qualité à l’opérateur, les raison de mon appel, le lieu où je me trouvais, la description de l’individu et de son groupe que nous suivions maintenant à distance.

Il n’aura fallu que quelques minutes à la cavalerie pour arriver, encore quelques instants pour interpeller l’individu. Il nous aura fallu une petite heure pour déposer plainte, saluer les collègues pour ensuite prendre un café entre nous, en parler pour mieux oublier, tandis que notre susceptible aviné de Villiers le Bel (étrange hasard) soufflait positif à l’éthylomètre, se faisait appréhender son cannabis, se déshabillait devant un collègue lui demandant de se retourner et de souffler, se retrouvait dans une chambre de dégrisement qui sent l’urine et la merde avec une paillasse en béton qui vous brise le dos. Puis, après quelques heures on l’a tiré de son sommeil d’ivrogne pour l’auditionner malgré sa migraine, sa bouche pâteuse pour ensuite le placer en garde à vue, autre cellule odorante à la paillasse dure et à l’espace restreint.

Hier, j’ai été victime de violences et j’ai fait ce qu’il fallait faire, pour une fois…

Entry Filed under: Non classé

2 Comments

Add your own

  • 1. Pilou  |  juillet 3rd, 2008 at 19:20

    Triste constat d’une malheureuse réalité quotidienne dans un récit d’une très haute qualité.
    Bravo… Pour tout !!

  • 2. Richard  |  juillet 3rd, 2008 at 23:16

    Aïe, bon rétablissement pour ton oedème.


Leave a Comment

Required

Required, hidden

Some HTML allowed:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed

Tout commentaire insultant, inapproprié ou diffamatoire sera automatiquement retiré. N'oubliez pas qu'ici aussi, je fais la loi

Fichier de Recherche


taper un nom puis 'enter'