Volontaire îlotage
mars 13th, 2008
Lors de mon intégration dans la Grande Maison, il n’existait pas encore de police de proximité ou de quartier. L’îlotage, tel était son nom, était assuré par la brigade de roulement et fonctionnait au volontariat. C’était généralement les plus anciens qui s’y collaient pouvant par la même entretenir de bonnes relations avec les commerçants locaux et en tirer divers avantages ou autres compensations liquides, l’îlotage donne soif, c’est bien connu.
Parfois, il arrivait que tous les anciens soient en congés légaux ou en congés merveilleux appelés aussi congés maladie. C’est ce qui arriva lors de ma première affectation.
Notre chef de brigade nous indiqua à l’appel qu’il lui faudrait pour lundi, deux volontaires pour assurer la mission d’îlotage avec un regard insistant vers les deux stagiaires fraîchement arrivés. Bien sûr, rêvant d’exploit, de menottage et de course poursuite, nous avons baissé tous deux la tête espérant que l’on nous confierait une tache plus gratifiante que celle de l’îlotage.
Nous étions un vendredi, c’était notre premier jour en tant que gardien de la Paix et nous avions hâte de la faire régner. Notre première journée fut une visite guidée du commissariat.
Samedi, fraîchement rasés, nous nous pointons avec une bonne demi-heure d’avance, prêts à être des flics de rue. Nous passons la journée à découvrir le fonctionnement interne de la brigade à l’intérieur des murs.
Dimanche matin, motivation à 100% due à une soirée entre stagiaires à nous remonter le moral au whisky coca. Nous sommes persuadés que notre heure est arrivée quand on nous appelle dans la cuisine. On nous explique avec le plus grand sérieux que le dimanche matin, c’est sacré. C’est surtout petit salé ! Des collègues affublés de tabliers s’affèrent tandis que l’on nous dicte la liste des courses. Cela voudrait-il dire que nous allons sortir ?
Imaginez notre sourire radieux quand on nous confie les clés des véhicules, lui Bravo, moi Alpha. Nos imaginaires moulinent à plein régime. Les voleurs de la circonscription n’ont qu’à bien se tenir, les jeunes loups sont dans la bergerie.
Enfin nous sortons, fiers au volant de nos pies (les véhicules de Police étaient encore pour quelques mois noirs et blancs, d’où leur surnom). Première à droite, encore à droite, tout droit sur l’avenue principale puis arrêt devant la supérette. Alpha et Bravo se font face devant l’épicerie, nous ne quittons pas notre volant de peur de le perdre. Nous sommes à l’écoute et à l’affut mais les courses durent et durent encore. Quand ils sortent enfin les bras chargés de victuailles, ils nous demandent de faire retour au service.
Les cuisiniers s’affèrent toujours, la table se dresse et nous bouillons autant que la marmite mais d’impatience. Nos chefs de bord respectifs annoncent notre sortie. Yes !
Première à droite, encore à droite, tout droit sur l’avenue principale, nous dépassons la supérette avec un certain soulagement, à gauche, droite, gauche et nouvel arrêt. Les collègues descendent, c’est l’heure de l’apéro ! Nous restons au volant, à l’écoute et de moins en moins à l’affut. L’apéro dure, perdure tandis que deux stagiaires au volant de deux pies se font face dépités. Nous n’osons même pas sortir de nos véhicules pour discuter, il faut dire que nous avons un peu honte. Au lieu de se dissimuler, les collègues sont en vitrine du café PMU, verre à la main dont le contenu, de plus en plus jaune contraste avec leur teint, de plus en plus rosé. Quand enfin ils sortent, la bonne humeur est de mise, les blagues graveleuses et l’haleine chargée. Direction le service, c’est l’heure du petit salé !
A notre arrivée, les cuisiniers sont goguenards, ils semblent qu’ici aussi l’apéro était de mise. Nous déclinons poliment les verres que l’on nous tend, arguant de notre position de chauffeurs. les railleries vont bon train, nous préférons nous retirer sur l’accueil, de toute façon, il faut bien que quelqu’un garde la boutique.
La relève arrive, nous partons sans dire au revoir. Peu importe, ils nous ont oubliés.
Lundi matin, à l’appel, deux mains volontaires se lèvent pour l’îlotage, notre Chef est content, nous aussi, nous allons enfin être des policiers, enfin peut être…
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7 Comments
Add your own1. Frederic | mars 13th, 2008 at 12:10
http://www.dailymotion.com/video/x3q5ub_les-inconnus-la-police_fun
2. fdm | mars 13th, 2008 at 15:43
Un grand classique !
3. Calamo | mars 13th, 2008 at 23:05
Est-ce que la tradition du “yaourt” était de mise à l’apéro ?
4. fdm | mars 15th, 2008 at 6:57
Calamo > je vais passer pour un idiot mais je ne connais pas le yaourt
5. Calamo | mars 15th, 2008 at 20:14
Il s’agit du surnom donné à un “cocktail” dont les mesures d’eau et de pastis sont égales, ce qui donne un aspect relativement dense à la mixture.
Je n’en ai découvert l’existence que par le récit ému d’un contemporain ayant été, un temps, détaché dans une gendarmerie de province…
6. Maky | mars 15th, 2008 at 22:13
C’est ce qu’on appelle, se donner du coeur à l’ouvrage !
Ça fout la trouille…
7. fdm | mars 15th, 2008 at 23:26
Calamo < alors je connais...
Maky > c’était il y a longtemps.
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